courage non courage

mai 15th, 2009 § 5

 

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Du courage d’aller au bord extrême des villes : tu as marché, maintenant il n’y a plus rien, il faut faire demi-tour. Du courage de traverser la foule : à peine s’ils regardent, ils bousculent, tu as franchi le détroit. Du courage de se risquer sur la mer : savoir accepter la limite, savoir que même ici le trop grand et trop violent peut te prendre et tout renverser, t’écraser. Du courage d’écouter l’autre : et qu’on me reproche toujours, ici, d’en avoir manqué, pas de patience, trop de fermeture – mais ceux qui te le disent, qu’attendaient-ils de toi, que tu ne pouvais donner ? Du courage de monter les pentes, gravir les rehauts, tenir jusqu’où la montagne a fini : petites victoires que les miennes, rêver à ceux qui tentent autres vertiges. Du courage de quitter : on part avec un sac, on prend un train, un bateau, un avion, on trouve de l’argent sur place, on se débrouille, on envoie des nouvelles mais si longtemps après. Du courage de se regarder soi : il ne t’a jamais plu, ce type, qui regarde dans les yeux et cherche quand tu le cherches, là où tu voudrais le trouver. Du courage de glisser vite : c’est sur le ciment lisse de la danse, c’est sur les routes où tu files, c’est la conversation à quoi tu échappes, c’est l’illusion que tout va si vite et rien ne t’atteint. Du courage de monter là sur la borne et apostropher la rue : tu en rêves, dans ces nuits où tu marches, mais plus personne dans les rues de la ville. Du courage de monter sur un toit, appeler l’attention sur toi, ne plus jamais redescendre. Du courage de dénier, la consommation, l’apparence, les cravates et la résignation, et regarder quand même dans les yeux, ne pas répondre par une opinion à une opinion. Du courage de laisser tomber les défenses : tu le sais trop, que tu ne sais pas. Du courage du noyé : vraiment tu ne peux plus respirer, tu vas ouvrir la bouche et le nez, tu ne tiens plus, tu acceptes – mais non, c’est à ce moment-là, qu’il faut tenir encore. Du courage d’affronter les rêves : ils te déplaisent, ils contiennent des animaux et du sexe, des villes qui tournent ou s’effondrent, des vertiges monochromes. Du courage d’avancer dans l’écriture : que justement tu ne sais rien, ni la suite ni la fin, tu continues et voilà, les morceaux s’assemblent. Du courage d’être soi : et tu sors dans la ville, personne pour te parler, personne pour te saluer, tu prends ton escalier, puis ta clé, tu pousses la porte de l’appartement, tu mets de la musique ou pas, tu te verses un verre ou pas, tu allumes machinalement l’ordinateur et ce soir seront ainsi les mots – est-ce le courage cela ?

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§ 5 Responses to “courage non courage”

  • paroles de quelqu’un qui depuis longtemps traverse les villes; et se frotte à l’indifférence; et l’image, comme une porte de garage, la voie d’accès trop étroite pour une voiture, comme le chemin de fer de ceinture, entre les immeubles, dans le XIIIème encore, je crois, qu’on ne croit pas qu’un train pourrait sortir de là. Et je mets de la musique, Don Cherry et Ornette sans doute, ou Thélonious, ça dépend du temps… courage de continuer malgré tout.

  • brigetoun dit :

    renoncé à en avoir encore – et me surprend à en avoir – ne pouvons l’éviter pour vivre

  • Butterlin dit :

    Vous avez saisi un battement très profond au cœur de nos vies contemporaines. ça fait du bien de lire un texte qui parle de notre monde, de notre vie, de nos trajets dans la ville, de ces bousculades du matin dans le métro, où nous sommes si seuls, et de ces retours dans des appartements trop petits où nous n’avons pas de consolation. Quelle consolation dans la vie d’adulte ? peut-être avez-vous raison, celle de ne plus avoir de défense. Un chateau de sable, comme dans les souvenirs de nos étés d’enfance qui s’éloignent dans le temps.

  • stassart dit :

    Jai partagé ce texte sur FB . parce qu’au delà de la ville et de ses périphéries, le courage est nécessaire, il en va de soi.En parler et l’écrire n’est pas un luxe.

  • Cesca dit :

    La plupart du temps, pas de courage.
    Mais parfois pas besoin, c’est clair, on aime tout le monde, les jolies toutes jeunettes, les petits timides, les gros fiers-à-bras, les vilaines vieilles avec leur pauvre sac à maigres provisions, les alcooliques anonymes.
    On les croise tous qui glissent sur l’asphalte comme des roues perdues et on les AIME. Vraiment. Et on voudrait le leur dire pour éclairer un peu leur journée, ça arrive ; trop rarement.

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