
phrases qui viennent dans les rêves d’ordres noirs d’étendues grises ça t’était venu d’ordres noirs d’étendues grises tout d’un bloc dans un rêve et tu répétais d’ordres noirs d’étendues grises comme rues à cet instant droites mais aux caisses figures grimaçantes et bien pire : de rues où tous allaient et nul pour croiser visage d’un autre et bien pire : le vent là-haut qui prenait les silhouettes comme des jouets on roulait parmi les entrepôts les usines on pouvait quitter la voie express c’étaient des zones chacune dotée d’un signe où les supermarchés rampaient comme des navires à l’échouage sur le bitume luisant des parkings un monde abîmé oui certes puisque tu l’avais dit mais bien pire : monde échoué, et ces routes autoroutes comme autant de fissures mais bien pire : monde usé, et ces à-plat de métal comme ruine générale offerte à la pluie au vent (nos yeux, d’abord, usés) on roulait donc on roulait d’ordres noirs d’étendues grises ça ne veut rien dire ce qui vous vient en rêve on le note mais c’est pour rien d’ordres noirs d’étendues grises la configuration répétée des rocades l’assemblage de pavillons selon modèle au choix les paroles usées dans la radio qui commentaient tout cela non pas ce que tu avais sous les yeux mais l’ordre plus général qui nous surplombe la concussion la guerre du monde le roulement ordinaire et ses irrégularités pour nous distraire : il n’y avait jamais eu disais-tu d’humanité sans crime de pouvoir sans vol et les pauvres compensations qu’on vous offrait vols bas prix plages comme sur les photos tout ce qui recommence identique les grands noms du sport et la publicités défilantes cela rutilait autant que les allées jaunes dans l’intérieur carrelage des supermarchés rayons bières rayons jouets foire aux vins semaine du blanc et empilades d’ordinateurs télévisions les écrans et que rutile ce qui doit rutiler rutilera jusqu’ici bas dans votre voiture la voix des commandeurs en petit on les rétribuait bien trop cher les politiques disais-tu hommes d’ordres noirs d’étendues grises tu te la répétais la phrase du rêve ainsi transcrite et cherchant ce qu’elle refait au dessous cherchant sous cette phrase d’ordres noirs d’étendues grises le paysage s’était refait on allumait les phares les fermes au lointain comme blocs sombres immergés à demi passées à l’âge industriel elles aussi et le halo jaune dans la nuit de l’éclairage des villes gaspillage pensais-tu leur peur la vieille peur montrer à la face de l’univers qu’ici on a vaincu le noir à cela servant les réverbères lampadaires néons et tous clignotements par dessus les maisons les rues les villes elles étaient vides pourtant les rues vides les villes à cette heure que maintenant tu traversais vers la gare les chantiers les déviations les aménagements puis au feu rouge une sirène d’ambulance ils foncent sans voir personne une fracture scélérate courait le monde on disait que l’équation de Schrödinger aiderait à prévoir dans les immeubles les incendies les crimes les décombres les nourrissons abandonnés dans des sacs poubelle le mépris général et la pauvreté comptée et les quatre quatre vitres teintées bien chic dans ces voitures on est protégés l’équation à prévoir les crises cardiaques on te la mettait dans le dos la machine à crise cardiaque élévation hôpital illuminé à la sortie nord eux là n’arrêtaient jamais dans les bâtiments de bureaux non plus on n’éteignait complètement les lumières ambiance bleu froid sur pièce vide et l’écran en veille de l’ordinateur les témoins rouges des machines sur secteur et portemanteau dans le coin le clignotement bref d’un modem et ce fouillis qui restait pourtant sur les tables où ils viennent faire les heures obligatoires on se demandait en passant comment gagner de l’argent avec ce monde immobile était possible les assurances les prêts la régulation administrative si elle avait d’autre but que prolonger l’artifice où tout cela (nous-mêmes) en était rendu ordre noir sur la ville et l’autoroute vide et la rocade aux entrepôts étendues grises tu les voyais comme depuis ton rêve d’ordres noirs d’étendues grises on n’aurait plus là-dedans nulle part où aller qui partout était même tu marchais à cet instant dans le hall jaune de la gare ils faisaient des annonces la vie ordinaire donc continuait et pourtant ce soir-là du jour férié avec pont fête des morts les chrysanthèmes en marée sur le ciment des cimetières granit importé de l’autre côté du monde des bateaux pour ça cargos de pierres tombales polies et lisses inscription à votre guise qui donc ce soir aurait voyagé et pour où et toi-même ici sur le banc à attendre et la voiture dessous au parking les bornes jaunes et bleues paiement par cartes allumées dans leur nuit perpétuelle la porte transparente que tu n’avais pas vue et le monde un instant flou l’escalier mécanique accordé en sol dièse sur accord de neuvième aurais-tu dit et toi pourtant debout qui t’y élevais vers ce banc vers ce hall où machine sur les genoux dans la gare les images revenaient comme d’ordres noirs d’étendues grises dans ton rêve monde d’images séparées fragmentées dans ton rêve d’ordres noirs d’étendues grises la ville les villes toutes ensemble et que rien ne reliait ce moment suspendu où tu notais les villes sont reliées par des tunnels dans le temps où c’est d’elles-mêmes qu’on te parle et de la mort qui guette l’usure les fissures le craquèlement de tout et bien sûr ces visages dans les rues qui s’ignorent semblent plutôt choses fixes et blafardes avec des yeux ternes que le vent en tous sens et les lumières assemblent désassemblent bousculent ou poussent ils se croisent tu disais sans se voir tu avais oublié dans ce voyage ton portefeuille tes papiers ta carte (ils servent à ça donc les bureaux vides qu’on n’éteignait pas la nuit ils servent à l’ordre des cartes et papiers) tu téléphonais d’autres qui passaient sur le carrelage jaune de la gare accrochés aussi à leur téléphone on ne regarde pas les autres ni le carrelage ni le toit ni l’escalator en sol dièse sur accord de neuvième pour parler à qui on téléphone est-on sûr déjà chacun que la voix n’est pas seulement intérieure on aurait alors appareil qui nous guide (morceau de soi arraché qu’on tendrait à bout de bras qu’on tendrait vers le ciel avant de se le mettre à l’oreille) on vous parlait depuis où juste peut-être depuis les zones jaunes que dessinent les réverbères néons lampadaires dans les villes on n’éteignait plus jamais tant on avait peur de la nuit la nuit noire la nuit usée trouée sur les usines en ruine les pavillons à téléviseurs les rocades qui tournaient autour des villes sous les véhicules immobiles et pas le contraire et toi juste pour rien pour être parti sans carte à payer ni papier pour la voiture l’intérieur même et la pauvre pensée (tu ne pensais plus, enfin ce qui t’aurait semblé penser) il te restait ce soir là que même la mer semblait immobile lourde opaque d’ordres noirs d’étendues grises et toi tu répétais tu répétais puisque ça t’était venu en rêve d’ordres noirs d’étendues grises
… 5 jours plus tard je lis encore :)
merci du passage – j’espère que ce n’est pas votre navigateur qui est bloqué ?
[...] rangé, classé les paysages, les villes, les quartiers, les rues, les places, des trajets, des étendues sans nom, les arbres, les fenêtres. Avec minutie et régularité. A certains moments, ils accélèrent, à [...]