
Est très lent. A appris à se faire lent, si lent que lent. Et rampe lent. Et marche lent, et pense lent. Et pèse corps très lourd quand lent. Et voit lent ce qui devant change, et pense lent paroles qui entrent, et agit lent sur le temps des autres et du monde. Je suis assis, je suis immobile et assis. Le jour à la fenêtre est stable, le bruit de la ville dehors : stable. Catastrophes craquent, marches des autres craquent, voix des autres et beuglent et crânent, et crient et tourbillon se perdent. Le lent attend avant de. Le lent précise sa pensée avant de. Et s’il est devant le mur, et si le mur est blanc, et si le sol est gris, et si rien ne surgit ni ne vient, et quand il faudrait réagir et crier et sauter ou fuir : le lent. Et dans aller vers l’autre et poser la main et glisser remonter peau : lent. Et dans la fusion : lent. Lent n’est pas le ressort dedans. Lent n’est pas ce qui dense surgit derrière tes yeux qui regardent, dans les bruits et voix qu’on décrypte. Lent seul est le retour. Lent est d’être seul. Lent d’apprendre à se connaître et reconnaître. Lent le glissé de mort : lent le rendez-vous soi.
et comment voulez-vous qu’on ne soit pas lent avec tous ceux sur notre dos, leurs terres, leurs maisons, leurs tombes ?